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Mon traître / Le radiant / Caluire

12 Jan

Mon traître _ Le radiant C’était hier soir et c’était très bien. « Mon traître » et « Retour vers Killybegs » ne sont pas des inconnus « ici ». Deux beaux romans de Sorj Chalandon. Un thème, deux points de vue, au sens propre. Deux hommes. Sous l’angle romanesque : une figure de l’IRA Tyron Meehan et un luthier français Antoine . Deux personnages inspirés de Denis Donaldson et …. Sorj Chalandon.

Extrait de Wikipedia : Denis Donaldson (1950 à Belfast, Irlande du Nord4 avril 2006 à Donegal, République d’Irlande) était un membre de l’IRA provisoire et du Sinn Féin. En 2005, sa collaboration avec le MI5 et le Special Branch, du service de police de l’Irlande du Nord, fut mise au jour. Isolé depuis lors dans un cottage du Donegal, il a été assassiné le 4 avril 2006.

Sorj Chalandon était reporter pour Libé en Irlande du Nord et un ami de Denis Donaldson.

Deux choses me fascinent dans cette histoire :- je suis depuis toujours assez respectueux voire admiratif de ce peuple irlandais et son combat. Même si certains aspects de celui-ci sont difficilement acceptables.
– la démarche de Sorj Chalandon est extraordinaire. Avoir cherché à comprendre Denis Donaldson, et traduit dans « Retour vers Killibegs » quel pouvait être son point de vue, le point de vue du traître. Hypothèses bien sûr mais au final une proposition assez crédible et équilibrée.

Les romans étaient excellents mais la pièce de théâtre ? Très réussie !

Toujours ce fameux exercice de changement de support. Comme le passage à l’écran d’une œuvre romanesque, la traduction au théâtre de deux romans en une pièce d’1h10 n’est pas chose aisée.

Comment s’est traduit l’exercice ? Un long monologue du luthier français. Une courte intervention avec un très beau chant d’un personnage charnière, dans la pièce, un fils de Tyron Meehan. Et un très long monologue de Tyron Meehan (il me semble que l’intervention de Tyron est plus longue que celle d’Antoine. Ressenti de durée, pas de lassitude !).

Trois belles performances. J’ai davantage apprécié la partie Tyron mais peut-être est-ce simplement dû au montage. On a probablement, j’ai, plutôt envie d’entendre s’exprimer le traître. Le luthier exprime les faits, le ressenti des trahis mais ce qui reste central c’est l’explication de la trahison et son vécu par le traître. Dans le choix fait lors de l’adaptation pour le théâtre, c’est bien cela qui a été privilégié. Prendre quelques aspects forts du roman et se concentrer sur ces points :
– la naissance de l’amitié  entre les deux hommes et l’expression du sentiment d’être trahi avec une question forte : ton amitié était-elle , en tout ou partie, sincère ?
– comment le traître vit-il sa trahison ?
– pourquoi la trahison ? Les deux moments clé de celle-ci : ce qui va permettre la mise en place de la stratégie anglaise (une première faiblesse de Tyron) et le coup de grâce, l’obtention de l’adhésion du traître.

La pièce reprend bien le contexte difficile de la vie de ces combattants irlandais (comme une tentation d’expliquer qu’il est difficile de condamner sans circonstance atténuante une telle faute ?), en l’occurrence avec une anecdote de la jeunesse de Tyron et son séjour dans les geôles de Long Kesh.

Décor, lumière : nickel. Ciel gris, orage au lointain, pluie …

Le public accueille très bien la performance. Applaudissements chaleureux et longs. Viennent alors sur scène partiellement au moment des rappels deux hommes. L’un d’entre eux est probablement celui qui a porté les romans sur scène (Emmanuel Meirieu) ? Je reconnais le second, discret, qui ne se présente pas et n’est pas présenté. C’est Sorj Chalandon. Il est visiblement particulièrement ému. Il passe la main sur son visage comme pour contenir l’effet de cette émotion. On comprend évidemment celle-ci face à ce sujet immense. Ce matin en cherchant à nouveau le nom réel du traître, je suis tombé sur l’info reprise ci-dessus : Denis Donaldson a été assassiné en 2006. Hier.

PS : le passage au Radiant m’a permis de me souvenir que Jonasz y passe bientôt. J’ai pu prendre une place !

Par contre, on ne voit plus (et n’entend plus) ces très belles et tout à fait charmantes ambassadrices irlandaises. Snif !

 

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